dimanche 15 mars 2009

-50% sur mon coeur en Mars

Et elle savait que j ‘allais tomber.
Elle m’avait vu la regarder, lui dire non, tu sais, mon coeur, les cris le froid.
On en avait jamais rien eu à foutre de ça, mais là, merde, j'avais envie de confort.
Un confort elle. Un confort de chez nous, la vie pas comme l’hôtel et puis rien à faire que tu l’aimes plus. J’m’en fous c’est moi que tu aimes pour de vrai alors arrête.
Ouais alors forcement, tu devais lui faire des enfants, c'est logique il est grand mais pourquoi tu m'en parles, pourquoi tu penses que ça m’intéresse, pourquoi elle ne me regarde plus.
J'ai tout fait.
J'ai bu et j ai glisse, 100 fois.
J'ai trébuché, me suis relevé, je te regarde et je t'aime.
Calfeutré là-bas, avant tu me regardais maintenant j ai froid tu sais, l’hiver revient.
On m’avait dit l’été, on m’avait dit le chaud, l’afrique l’amour.
Les bébés-nous qui courent autour du feu en hurlant maman et oh merde,
maman c’est toi ils te ressemblent ils sentent bon et je jouis fort.
Tu sais c’est oui, on devrait se marier comme tu disais hier.
Maintenant ils savent que tu m’abîmes
Me likee
Beaucoup, avant, quand ton coeur pendait autour de mon cou
Beaucoup, avant, quand l’amour c'était nous.

dimanche 8 février 2009

Soldes

"Nous ne savons renoncer à rien.
Nous ne savons qu'échanger une chose contre une autre."

Sigmund Freud




- Arrête !
- Mais arrête quoi bordel ?
C’est toi qui voulais qu’on parle, assume maintenant !
- Arrête, vraiment j’en ai marre.

Calmement.

- Écoute, le point, ça fait longtemps qu’il est fait.
Tu croyais quoi ? Que j’attendais que tu reviennes ?

Léa y croyait sérieusement. Pour elle, il suffisait de s’excuser, de se frotter à moi comme un chat, et hop ! Fini, je fermerai les yeux et ferai comme si cela n’avait été qu’un cauchemar nul. Banal.
Ta copine qui se barre avec un mec moyen, pas plus beau, pas vraiment plus malin, ni cool, juste un mec qu’elle trouve mieux. Nul. Banal.

- Mais tu sais très bien que… Voilà, ok, t’es content ? Pardon. Je suis désolée, j’avais envie, d’air, de, je sais pas… Je sais pas

C’est à cause de ce genre de fille que je suis amoureux de ma mère. Elle croyait quoi ? qu’il allait la faire rêver ? qu’elle jouirait mieux avec lui ? qu’il l’emmènerait dans des endroits incroyables pour lui chanter des chansons qui riment, écrites sur un coin de table juste avant qu’ils ne s’en aillent sur leur plage imaginaire ?

- Édouard, ça fait 2 mois que tu ne dis rien, t’es déprimé mais tu ne me laisses pas t’aider, tu sors tout seul, tu te saoules, tu rentres tu dors une heure et tu pars bosser. Tout te fait chier et personne ne trouve grâce à tes yeux. Tu crois que c’est facile d’être ta copine dans ces conditions sans déconner ?
Alors oui, j’ai eu tort, mais comprends que quand un mec te dragouille un peu, te dit des choses que ton copain t’as pas dit depuis des lustres eh ben forcément il marq…

Interrompre c’est décider de ne plus aimer.

- Ok, il marque des points, j’ai bien compris, tes phrases sont prévisibles et chiantes.
J’ai bien compris que c’est ma faute si tu tailles des pipes à un autre mec que moi, no problemo, j’assume, c’est moi qui fluffais ton mec avant qu’il ne vienne dans ta bouche.
Et, pour finir, (…)

Parce que tu me dégoûtes

(…) au lieu de dire « un mec », « lui » ou « il » vas-y, soit une grande fille et appelle le par son nom ! (…)

Il regarde mes yeux en attendant que je lui demande à quoi ça servirait.

(…) on est frères de chatte maintenant, "un certain degré d'intimité" !

Je ne peux même pas lui en vouloir d’être désagréable, il le fait exprès, il fait toujours tout exprès, c’est le mec le moins spontané que je connaisse.
Pour nos deux ans, il avait insisté pendant un mois pour que j’ouvre la porte de mon appart en bikini, avec un plateau de coke et du champagne. 1 mois. Il a eu la coke, le champagne. Pas le bikini. Il a fait la gueule pendant 10 jours.
10 jours.
Je pense que toutes les saloperies qu’il me balance sont consignées dans un petit carnet qu’il remplit consciencieusement depuis 2 semaines.

- Et puis ta gueule avec tes histoires. J’en ai rien à foutre. Tu voulais qu’on « fasse le point », hop, c’est bon, done.
- MAIS MERDE MAIS T’ES PAS CAPABLE JUSTE DE PARLER SIMPLEMENT DEUX MINUTES ?
De m’écouter ?
Juste deux minutes ?

Je suis dans un chiotte géant ou le lave linge se vidange ?


- Top, t’as deux minutes. Alors ta nouvelle vie ? Ça se passe comme tu veux avec ton copain ?

Miel.


- Mais arrête de fixer là-dessus bordel ! C’était juste un prétexte, on avait besoin d’une petite pause, Tu te rends pas compte de ce que tu m’as fait encaisser depuis …
Fallait que je souffle, juste un petit peu. Alors oui, j’ai merdé, j’aurais plutôt dû me barrer chez mes parents, aller prendre une vraie semaine au soleil, bon j’ai merdé.
Mais toi, t’as pas pensé que ça pouvait aussi être pour t’emmerder ? Te faire réagir ?

À ce moment-là, Léa s’apprête à tenter LA figure périlleuse du couple en crise : le « parlons de nous ».
« Parlons de nous » dans la bouche d’une fille, ça veut dire essayons de trouver ensemble un moyen de sortir de cette crise, peut être pas ce soir, peut être pas demain, mais j'ai envie de croire qu’on peut en sortir grandi.
Dans la bouche d’un mec, « parlons de nous » est la phrase la plus subtile qu’il ait trouvé pour se plaindre du refus systématique de sa copine devant la perspective éventuelle d’une relation anale.

- Parlons de nous, sérieusement, comment on a pu en arriver là ?

Léa, chérie, nous en sommes arrivés là parce qu’un soir avec tes copines tu es tombée sur un mec qui t’écrit sur le net depuis 2 mois. Il a dû faire le joli cœur, te payer 2 vodkas et te présenter ses amis connus.
Et tu as aimé ça.
Ensuite ton petit gang de pouffes est venu te voir et te demander : « woo, c’est qui ce mec ? », et puis : « moi j’échange 3 Edouards contre un comme lui » (La fille qui dit ça m'envoie 4 textos par jours depuis 3 mois. Des textos du genre "tu sais tu pourrais me faire tout ce que tu ne fais pas avec Léa" Salope.)
Et puis, fin de soirée, il te ramène en taxi … On connaît la suite et je suis même persuadé que c’est toi qui a decidé de le regarder au fond des yeux en mettant la main sur son fut’. (sale pute / moi aussi je peux te faire rimer des trucs)

- Honnêtement Léa, je m’en fous, enfin nan, enfin si, même si j’ai essayé d’écouter ta logorrhée du jour et, apparemment, si j'ai bien tout compris, c’est ma faute si tu as des relations sexuelles avec des garçons qui ne sont pas moi.

Je pensais plutôt à une justification oedipienne inversée ou un autre truc mais non. C’est moi, tout seul.

- Édouard, recommence pas…
- Vraiment Léa, vraiment, j’en ai rien à s’couer. Tes phases love, garde les pour ton mec, moi je veux juste garder mes dvds.
- Eh ben tu sais quoi ? Garde les tes dvds connard !
T’as toujours été un sale enfant gâté. T’es incapable d’excuser les erreurs que tu fais commettre aux autres, tu te rends pas compte que c’est ta faute, que c’est toi qui détruis tout tout le temps, que dès qu’il y a la possibilité d’une once d’espoir tu préfères fermer les yeux et attendre que la merde revienne ?
Tu me fais chier Edouard, ça fait 3 ans que tu me fais chier j’en peux plus que tu sois aussi con.

Léa est en Master 2 de philosophie, Léa a eu un module de 16 heures de psychologie lors de son premier semestre de licence à paris 1. Léa est Sigmund Freud.

samedi 24 janvier 2009

Amicale Situationniste

"J'aurais bien aimé jouer l'ours dans L'Ours."
Julien Doré




-Il paraît que la soirée était nulle.
-Euh… chais pas non ça va c’était sympa
-Pas la grosse fête quoi…
-Ben moi perso ça va je me suis marrée
-Ouais mais toi t’es ivre naturellement chérie
-Même pas, je me souviens même du trajet en taxi.
-Impressionnant. Bon, et le son, les garçons ?
-Sonore et masculins.
-Et la vodka liquide aussi, putain vous me faites chier, on peut pas vous demander un truc sans que de suite vous vous preniez pour Julien Doré en mode « ouais Guy Debord j’veux dire c’est l’art quoi ».
Bande de connes.

mardi 23 septembre 2008

Round Trip


« La mélancolie
C'est un chat perdu
Qu'on croit retrouvé »

Léo Ferré


Essayer de chier (les voyages me dérèglent), ré ingurgiter la filmographie complète de John Waters, regarder évoluer ses fesses dans son shorty floqué à mon nom, comprendre comment fonctionne un disjoncteur électrique, éviter soigneusement toute discussion sérieuse sur notre couple, ah, il y a un deuxième disjoncteur dans la cuisine, oublier l’été.
C’était à peu près ce à quoi j’occupais mes journées ces derniers temps.
L’automne approchait et, avec lui, son cortège de questions existentielles.
Pourquoi la lumière d’Octobre est-elle jaune ? Tu savais qu’il y avait un musée Gustave Moreau dans le 9ème toi ? Ah, c’est interdit le poppers maintenant ? Pourquoi les vidéos VMD en streaming ne marchent toujours pas sur Mac ? Comment s’aimer à 3000km ?
J’appréciais sa façon de faire comme si de rien n’était, comme si notre histoire n’était pas une parenthèse. Elle aussi savait que nous allions pénétrer dans une zone de turbulence mais, comme les filles sûres de leur beauté, elle était, confiante, en pilote automatique.
Nous passions de moins en moins de temps ensemble, nos vies s’étaient organisées naturellement, comme si l’on formait un vrai couple.
Elle devenait peu à peu parisienne, l’étudiante modèle, portant des robes et toujours en quête d’un truc. Un truc de peintre, un truc de sculpteur, un truc d’un philosophe, un truc d’un grec.
De mon côté, je me sentais moscovite, de plus en plus moscovite. Je buvais moins (uniquement la vodka que la belle-famille nous fedexait par caisse), je prenais du poids (63kgs quand même), je baisais plus (“+”) et regardais moins (“-“) les filles dans la rue, je n’avais jamais froid.
En fait non, je n’étais pas moscovite, j’étais casé.
On allait au supermarché ensemble (surtout elle), on achetait les livres en double (surtout moi), on avait un paquet de cigarettes pour deux, on marchait à 4 pattes, main dans la main. Nos chamailleries étaient enfantines, nos désirs diablotins, nous étions mignons, amoureux et donc forcément, bientôt anéantis.
On le savait tout les deux. Ça allait s’arrêter. Nos vies devaient rentrer chacune dans leur lit.
Elle devait rentrer chez elle, dans son pays lointain, froid et radioactif probablement, poursuivre sa destinée estudiantine et sa carrière de jolie fille. Quant à moi, il me fallait recommencer à tapiner verbalement et gagner les euros qui m’achèteront lucidité et tonic dilutif.
Alors oui, forcément, moi, j’espérais un revirement de situation : j’espérais qu’elle me dise vouloir rester, ou que je parte avec elle, qu’elle m’apprendrait le Russe, ou même un truc con et romantique comme faire semblant d’être mort, n’importe quoi, un truc, juste pour que ça continue.
Dernière soirée, la dernière nuit, derniers ébats avant liquidation.
En la sentant sur moi, j’ai vu Dieu se trémousser en soupirant, et j’ai compris que je l’aimais vraiment, sans mentir à personne. J’aimais son souffle, son goût et son vagin serré. Ses mordillements de lèvres et sa rage clitoridienne.
Mes envies de strangulation n’étaient pas nouvelles, elle les connaissait et aimait ça. Souvent je glissais ma main vers sa gorge et y déployais mes longs doigts. Et là, je serrais progressivement, de plus en plus fort, jusqu’à la sentir se contracter, lutter tout en continuant ses va-et-vient sur ma queue. Me regarder dans les yeux. Et plus je serrais son cou, plus son regard devenait intense, jusqu’au moment où elle retombait sur moi, trempée de cette sueur avec laquelle je couperai ma vodka.
Alors cette fois encore, j’ai serré, serré doucement, pour bien sentir le sang affluer dans son cou, sous la pulpe de mes doigts. Puis j’ai forcé, bandé les muscles de mes avant-bras, en la fixant intensément. Ses pupilles se sont rapidement empourprées, je voyais les veinules de ses globes exploser les unes après les autres. Elle m’offrait un dernier feu d’artifice, une explosion, un shoot de brune.
Ses mains courraient sur mon torse. Elle enfonçait profondément ses griffes dans mes muscles malingres et en arrachait de longues lignes d’épiderme parallèles. Elle n’essayait pas de se débattre, non. Elle essayait d’emmener, là où elle allait, un peu de moi, et un peu d’elle aussi , forcément.
En sentant mon pectoral gauche en partie à vif, j’ai compris qu’elle voulait passer à la prochaine étape. Et j’ai refermé l’étau qui, depuis nos longues minutes, s’était placé autour de sa gorge fine.
Sous la pression, son visage s’est tordu, mais elle souriait. Son dernier cadeau.
La bouche amère, j’ai comprimé pour la dernière fois mes paumes sur son cou. Une dernière fois elle se raidit.
Je suis un peu déçu d’avoir gardé les yeux ouverts quand sa bouche à rendu du sang, cette image me taraude encore, j’étais dégoûté, comme après avoir joui.
Depuis 5 jours, elle gît là, dans mon lit.
Ça sent un peu, mais je l’arrose de glace, histoire de la garder en état.
Je ne la baise plus depuis 3 jours, mais c'est toujours mon chat, froid.
J'aime bien les choses mortes, au moins elles ont vécu.

mardi 9 septembre 2008

Falling Down



“Une chute profonde mène souvent vers le plus grand bonheur.”
William Shakespeare

Le marteau frappe encore. Putain de machine dans ma putain de tête. Je me sens comme Axel Bauer. En moins pédé.
J’ai pas dormi plus de 4h en 5 jours. J’ai découvert le whisky, mon cœur, et j’y ai trouvé de la glace, pilée. De la glace avec des reflets « yeux verts » et des pépites de tes sourires.
Et, chaque matin, à partir de 7h30, ils la martèlent encore un peu plus. Chaque matin, ils en détruisent consciencieusement les fragments, ils s’appliquent et s’y reprennent à deux fois, on ne sait jamais. Ils explosent les carreaux des fenêtres, frappent les tuiles, détruisent les parquets.
Réveil difficile, gueule de bois, encore.
Ces bâtards me suivent jusqu’au bureau, avec leurs outils et leurs casques anti-bruit.
Finalement, je ne suis bien que dans le métro ; le métro, ça reste la plus sincère expérience de cette fange merdeuse qu’est Paris: ça pue la mort et tout le monde cherche de la thune.
Tous les jours depuis un an, la Bataille d’Aboukir a lieu dans le 2ème arrondissement, la reproduction grandeur nature d’un Beyrouth belle époque. On détruit un immeuble beau, pour construire un immeuble riche (et accessoirement me casser la tête), sous les yeux médusés des clodos qui bossent sur le perron des banques.
Mon seul moment de répit de la journée, c’est leur pause déjeuner, quand je peux essayer de fermer l’œil, et t’oublier.
Mais le tac-tac mécanique refait toujours surface à un moment ou un autre. Ils cassent les trottoirs, les murs et les cheminées. Le rythme du claquement de mes jambes s’accentue et fait monter en cascade celui de mon cœur qui s’abîme.
Pour me calmer parfois, je les regarde, ces braves ouvriers habillés comme Lagerfeld. Ils n’y sont pour rien finalement.
A coup sur, ils ne sentent même plus le sol s'ouvrir sous les frappes des machines. Ils sont devenus les acteurs de cet infect opéra urbain : ils poncent, frappent, empilent ; créent cette terrible symphonie quotidienne.
La diégèse sonore de ma vie me dégoûte, les dissonances sont trop grandes, trop de notes, pas assez de pauses : la musique n’est pas bonne.
Et encore une fois il reprend, ce bruit immonde. Mais il est sourd et étouffé. De la rue on entend des voix se soulever, une clameur populaire, elle réclame l’arrêt des hostilités. Je n’étais pas seul, on avait entendu ma voix ! 
Il était temps que ça s’arrête que nous puissions tous enfin, profiter d’un peu de silence.
Même les ouvriers s’y mettent, ils hurlent et se mettent à courir dans tous les sens, comme des canards sans tête dans leurs petits gilets cramoisis.
C’est au troisième crâne fracassé à coups de pioche que je me suis rendu compte des morceaux de cervelle bouillie sur ma chemise. J’entends à présent les sirènes des voitures de police. Ils se croient à New York ces abrutis.
Ils se rapprochent de moi, attirés par l’odeur du sang.
Moi aussi je me rapproche. Du marteau piqueur.
Et devine quoi toi là-bas ? je vais avoir juste le temps de t’empaler comme une merde. Je vais gentiment te clouter sur cette poutre en béton, celle sur laquelle tu t’échines à me broyer le cerveau depuis 9h30 ce matin.
La pointe du marteau piqueur sur son ventre, il blêmit quand je hurle:
- Tu vas me dire que t’y es pour rien toi hein si je dors pas la nuit sale fils de pute ?
Il bégaie un truc, je n’entends plus.
S’il me disait juste « Edouard tu fais 20 kg, je vais le prendre et te le retourner sur la gueule ce putain de marteau piqueur », je pense que je l’écouterais et que je réaliserais qu’il a raison, que je peux encore tout arrêter ; mais non, il le dit pas cet abruti. Il reste là prostré, le visage déformé par la peur, comme le tableau de Munch.
- Qu’est ce qui me prouve que c’est pas toi qui me poursuis, qui viens me casser le crâne à longueur de putain de journée ?
Sa plainte silencieuse m’apitoie, un peu.
Alors magnanime, je reprends :
- En fait, je sais que toi t’y es pour rien, et je sais que tu te casses le cul à faire un job chiant à en perdre l’ouïe tout ça pour envoyer des Western Unions.
Mais moi, que j'enchaîne, moi je ne dors plus, je ne mange plus, j’ai la tête comme une putain cloche à force de vous entendre, toi et tes copains, taper sur des trucs. Tu comprends ? Tu comprends ça putain ?
Il est à genoux, il sent la pointe de l'engin qui n’attend que mon influx pour lui perforer les viscères.
Je lui dis doucement, pour qu’il se calme :
- Tu le sens ton cœur, battre encore plus vite que le peut ce marteau piqueur ?
Et je reprends en hurlant :
- Tu sens que tu viens de te chier dessus par peur de crever ?
Il aurait pu mourir dignement.
La police est là, toute proche, pendant que je me le finis à grands coups de dard dans le bide, je le regarde s’éteindre en crachant des gerbes de sang sur mon visage.
Un vrai porno menstruel.
Mes pupilles rougies bleuissent par intermittence, ils sont là.
Maintenant, courir. Ou attendre.
Trébucher, certainement.

lundi 1 septembre 2008

To Do List

"J'ai parfois l'impression de
vagabonder autour du monde
dans le seul but d'accumuler
le matériau de futures nostalgies."

Vikram Seth

Dormir 2 heures par nuit, claquer mon salaire en vodka, sniffer du poppers pour baiser des mannequins blondes, t’envoyer des sms bourré a 4h30 du matin pour te dire que je t’aime et que t’es qu’une salope de m’avoir quitté alors qu’on a couché ensemble une fois il y a 4 ans, rentrer chez ma mère le week-end, faire semblant de bosser beaucoup, la rendre triste, passer mes nuits sur mon ordinateur entre sites de cul et Doctissimo, prendre du Viagra® pour voir comment ça fait de bander pour de vrai, arrêter la bière, faire des efforts, sacrifier des poulets, arrêter la vodka, te sauter avec amour, mettre des préservatifs (1 seul à la fois), aller au musée pour avoir des choses à raconter, stay focus, aller à Oslo avec toi et à Bangkok avec une autre, rendre le monde plus bleu, m’acheter une cape et le sauver le monde, devenir sympa, y mettre plus qu’un doigt, penser à ma filleule, lui offrir une Barbie™ à son anniv’ et de la dope à Noël, aller chez Ikéa©, m’acheter une montre avec plein de cadrans (ça fait mec), être positif à la banque, pas au labo, stay focus, éviter les balles, la rejoindre, être père, me marier, acheter une Citroën C4 Picasso©, la brûler, aller au Chacha au moins une fois, en sortir vite et pauvre, aller aux Chandelles au moins une fois, en sortir pauvre et vide, me faire la coupe au bol de Liam Gallagher, me tatouer ton nom, le transformer en un coeur pour ma mère, continuer à rire, m’en foutre d’Obama, voter Brianna Banks, acheter des dollars et des allumettes, stay focus, prendre des bains, répondre au téléphone, rappeler demain, arrêter de draguer mes exs, vomir en marchant, lire Télé Z©, trouver un métier, sortir le chien, manger bio, sentir ta chatte, choper une MST, prenez et mangez en toutes, faire du rap conscient, être dans les temps, stay focus, trouver des amis, avoir des discussions adultes, moins me branler, draguer ta soeur, être innocent, couper mes cheveux, teindre mes yeux, devenir Cheyenne, me battre quand même, me rouler dans le sable, être Dexter, stay focus, lire des livres sans images, repasser mes chemises, me mettre aux M&M’s®, et puis aux Chocapics© aussi, sauver la date, stay focus, lui manquer, marquer des buts, stay focus, me taper des putes, plein, sauce Absolut®-cyprine, stay focus, avoir une vie, pas la mienne.

mercredi 27 août 2008

Levallois-Perret

À la station Louise Michel, je savais déjà que ma journée était ruinée.
Levallois-Perret, 65000 âmes. Levallois ses immeubles de bureaux, ses multinationales du teint hâlé et des cheveux forts ; Levallois-Perret et son (dés)espoir chic, son côté « La Défense » du marketing. Ses cadres qui sortent d’écoles de commerce à 8000 euros l’année. Fois 5. Ça donne un ticket d’entrée dans la con-frèrerie des cadres moyens à 40000e quand même.
C’est magique, c’est Levallois-Perret.
Levallois et sa famille royale, son maire corrompu, sa première dame corrompue, leurs enfants (probablement corrompus aussi) qui aiment se faire pisser dessus par des filles blondes incroyablement corrompues.
Levallois, son côté Neuilly prolo, ses immeubles qui sortent de terre à intervalle constant, des jolis immeubles, pleins de 3 pièces-cuisine qui se remplissent de jolies familles de cadres pour qui « Paris c’est trop cher et puis à Levallois on est tranquille » mais encore « c’est la banlieue, mais la banlieue verte tu vois, l’été, la terrasse sera su-per-en-so-lé-yée ».
Levallois, ville fleurie.
L’été, Levallois se déplace, sur la côte d’Azur, près de St-Tropez, ou (pire) Ramatuelle, dans des maisons louées à plusieurs, entre amis, avec les enfants, « c’est sympa, il fait toujours beau, et puis on se re-crée un peu notre chez nous, mais ici ! ».
Tout l’intérêt des vacances, connasse.
Levallois, la rue Marjolin, souvenirs de Clémence, beauté slave, des grands yeux bleus, un appétit sexuel déroutant. C’était il y a 8 ans. Je l’ai recroisée une fois, sans qu’elle me voie, au cinéma Normandie, sur les Champs. Elle était avec sa sœur, elles allaient voir Kill Bill. Moi, de mon côté, j’étais avec celle qui avait pris sa place et mon cœur dans le même élan (élan qui dura 7ans, les clichés sont tenaces). Je crois qu’elle a exaucé son rêve, elle est devenue avocate et se marie l’été prochain…
Levallois, son art de vivre, ses cafés à 2e40 en terrasse l’été-quand-tout-les-cons-sont-dans-le-sud, ses bistrots remplis de bistrotiers qui tentent de payer leurs charges avec des tickets resto qui le valent bien, ses pharmacies, ses 3000 dentistes (c’est la ville de France où il y a le plus de dentistes, dingue non ?)
Levallois est à 3km de Paris et en voiture il faut minimum 1h30 pour l'aller-retour. Mais de toute façon, à Levallois, on s’en fout, parce que les gens, à Levallois, ils ont des scooters-de-la-boîte et quand ils partent à St-Trop’ ou à Ramatuelle, ils sortent leur Citroën C4 Picasso© (« j’y croyais pas, mais le visiospace quand même ça change la vie, la route est plus lumineuse ») de leur garage souterrain, rempli d’outils Black&Decker®, vestiges de nombreuses fêtes des pères ou de Noël ou d’autres trucs de famille soudée.
Levallois, ville enclos où l’on élève de gros moutons bien dodus, où l’on enseigne la normalité et où l’on fustige toute velléité de nouveauté qui ne serait pas dans les pages « conso » de A Nous Paris.
Imaginez Rastignac débarquant à Levallois-Perret.
Levallois où mes grands-parents, avant de poser définitivement leurs valises aux Loges en Josas, ont séjourné quelques années. Fort de cette découverte, une journée de profond ennui, je me suis rêvé levalloisien, m'imaginant déambuler, enfant, dans la rue Danton, aller au Lycée Pasteur à Neuilly, passer mes étés à Ramatuelle, grandir en rêvant d'un C4 Picasso©… J’ai vomi.
Tous les bus mènent à Levallois, 3 stations de métro desservent Levallois, Levallois a même un bout de seine. Levallois, ses caméras de surveillance, sa police municipale surarmée ; Levallois, ville témoin d’un capitalisme malade : je travaille pour gagner de l’argent, je dépense mon argent dans un 3 pièces-cuisine, dans un monospace Citroën C4©, 3 semaines par an j’emmène mes enfants, dont la scolarité va me coûter 500000 euros, à Ramatuelle, je suis un automate, j’aime mes amis les autres automates, et j’ai peur, très peur, de ce qui n’est pas un automate (parce que trop noir, trop jeune, trop arabe, trop roumain, trop pas bien rasé, trop sarcastique, etc..).
Levallois, chronique de la xénophobie ordinaire. Quand tu es de Levallois, tu as peur de tout, sauf de toi. Et tu es partout. Ta femme est ton reflet, tu l’as connue quand elle était présidente de l’association nautique Les Putavoiles dans ton école de commerce. Toi, tu étais un membre honoris causa de l’ ABG (Amicale des Bourrins de la Gnole). Un soir, tu la baises dur dans les toilettes de l’Elysée Montmartre, louée par l’école pour votre beuverie annuelle. Tu la baises, tu jouis dans sa chatte (parce que le SIDA c’est pour les noirs) et juste après elle vomit, tu remets ton 501® qui pue la pisse et puis toi aussi tu gerbes et là tu te rends compte : vous vous rejetez, vos corps se refusent, c’est le dernier soubresaut de vos âmes qui ne veulent pas se laisser aliéner. Le lendemain matin, tu te réveilles, grosse gueule de bois : tu as 36 ans, un début de calvitie, un tee-shirt avec les empreintes de mains ET de pieds de ton fils aîné, 5 ans. Ton fils est ton reflet. Tes amis sont tes multiples reflets, Levallois est une ville merveilleuse où tout le monde te ressemble.
Et où tu ressembles à tout le monde.
Levallois et ses publicitaires qui s’entassent chez Mikros Images parce qu’ils ont une séance-de-flame-tu-vois. C’est là qu’officie Valérie, ma nouvelle-ex. Elle m’a demandé de venir déjeuner avec elle, dans un restaurant japonais tenu par un chinois.
Elle a du retard.